Dresser et coller le joint d'une table en deux pièces

pl. 12, collage

Le joint central d'une table se voit sous le vernis et travaille toute la vie de l'instrument. Un chant bien dressé, un montage simple et un serrage mesuré suffisent pour qu'il devienne invisible.

Écrit par Bastien Coatanéa, mis à jour en 2026

Une table de guitare arrive presque toujours en deux feuilles d'épicéa ou de cèdre, refendues dans le même quartier et ouvertes comme un livre. Avant de tracer le contour, de barrer ou d'amincir, il faut réunir ces deux moitiés en une seule pièce. Le joint qui les relie court au milieu de la table, juste sous les cordes et le chevalet : il doit être parfaitement fermé, sans jour, sans marche entre les deux faces, et rester invisible sous le vernis. Un joint ouvert de quelques fibres se voit à contre-jour et finit tôt ou tard par fendre.

La bonne nouvelle, c'est que ce collage ne demande ni machine ni gabarit coûteux. Une planche plane, un rabot bien affûté qui tient son équerre, un peu de papier et deux tasseaux font l'essentiel. Ce guide reprend l'appariement des deux moitiés, le dressage des chants, les vérifications à la lumière, puis deux montages de collage éprouvés. La méthode vaut pour un fond en deux pièces, avec une étape de plus pour le renfort de joint.

Deux demi-tables de guitare jointes sur un plateau, serrées par une corde et des cales en bois
pl. 12

Apparier les deux moitiés

Posez les deux feuilles côte à côte, ouvertes comme un livre, et cherchez la disposition qui donne une table symétrique. Les veines doivent se répondre de part et d'autre du joint, comme un reflet. La plupart des luthiers placent les cernes les plus serrés au centre, sous les cordes, et les plus larges vers les bords ; ce n'est pas une obligation, mais c'est la disposition la plus fréquente et la plus lisible.

Regardez aussi la maillure, ces reflets nacrés qui apparaissent sur un bois débité sur quartier. Si une moitié brille et l'autre reste mate sous la même lumière, retournez l'une d'elles ou inversez les bouts jusqu'à retrouver un aspect homogène. Le guide pour lire une planche sur quartier explique comment reconnaître le fil et le faux quartier avant de décider.

Une fois la disposition choisie :

  • marquez la face extérieure de chaque moitié à la craie ou au crayon gras ;
  • tracez un repère en V à cheval sur le futur joint, pour retrouver l'ordre sans hésiter ;
  • vérifiez que chaque feuille est à peu près plane : une moitié voilée se redresse d'abord, en dressant une face de référence, sinon le chant ne sera pas d'équerre à la table.

Dresser les chants sur la planche à dresser

La planche à dresser est une planche bien plane munie d'un rebord, sur laquelle on pose la pièce, chant légèrement en débord. Le rabot travaille couché sur le flanc, guidé par la planche. Pour que le chant sorte d'équerre, la semelle et le flanc du rabot doivent former un angle droit exact : contrôlez-le à l'équerre avant de commencer.

La méthode la plus sûre consiste à dresser les deux moitiés ensemble.

  1. Refermez le livre : les deux feuilles l'une sur l'autre, faces extérieures vers l'intérieur, chants à joindre du même côté et bien alignés.
  2. Bloquez la paire sur la planche avec un poids ou une petite presse, le chant à dresser dépassant de quelques millimètres.
  3. Rabotez à passes fines et régulières sur toute la longueur, sans appuyer en bout de course. Le fer doit être réglé fin et parfaitement affûté ; un fer émoussé arrache l'épicéa au lieu de le trancher. Le guide pour affûter ciseaux et fers de rabot donne la marche à suivre.
  4. Arrêtez quand le copeau sort entier sur toute la longueur des deux feuilles.

L'intérêt de ce montage est simple : si le chant n'est pas tout à fait d'équerre, les deux angles sont complémentaires une fois le livre rouvert, et le joint se ferme quand même à plat. En agencement, on apprend vite que l'on dresse plus juste deux pièces ensemble qu'une seule à la fois.

Sans rabot adapté, une longue cale à poncer parfaitement droite, garni d'abrasif fin, fait le même travail. On le passe sur les deux chants maintenus ensemble, toujours en appui sur la planche de référence.

Vérifier le joint à la lumière

Rouvrez le livre et présentez les deux chants l'un contre l'autre devant une source de lumière.

  • Aucun jour ne doit passer, sur toute la longueur.
  • Posez une moitié sur l'autre, chant contre chant : elle ne doit pas basculer comme sur un point dur. Une bosse au milieu interdit tout collage.
  • Un très léger creux au centre, à peine visible, se referme sous le serrage. L'inverse, un joint qui touche au milieu et s'ouvre aux extrémités, fendra plus tard par les bouts.
  • Posez les deux moitiés à plat, chants en contact : les faces doivent rester dans le même plan, sans former de toit.

Si un défaut subsiste, refermez le livre et reprenez une ou deux passes. Il vaut mieux trois retours à la planche qu'un joint approximatif.

Coller à plat : deux montages

Quel que soit le montage, couvrez la zone du joint sur le plateau avec du papier sulfurisé ou un film plastique, pour ne pas coller la table au plan de travail. Préparez tout et faites un serrage à blanc avant d'ouvrir la colle.

Tasseaux et coins

Vissez sur un plateau plan un tasseau fixe. Posez la première moitié contre lui, la seconde à côté, chants joints. Un second tasseau, vissé à quelques centimètres du bord libre, reçoit une paire de coins opposés qui poussent la seconde moitié vers la première. Des poids posés sur une cale de part et d'autre du joint empêchent les feuilles de se soulever.

  1. Encollez les chants en couche fine.
  2. Mettez en place, joint centré sur le papier.
  3. Posez les cales et les poids sur la zone du joint.
  4. Enfoncez les coins progressivement, jusqu'à voir une perle de colle régulière sortir sur toute la longueur.

La méthode de la tente

Fixez deux tasseaux parallèles, espacés de la largeur des deux moitiés jointes, plus un très léger surplus. Glissez sous le joint une baguette fine, de façon à ce que les deux feuilles forment un toit très plat quand on les loge entre les tasseaux. Encollez, puis appuyez sur le faîte pour mettre les feuilles à plat : en se couchant, elles se poussent l'une contre l'autre et ferment le joint. Retirez la baguette, posez une cale et un poids sur le joint pour le garder plan.

Ce montage demande quelques essais à blanc pour trouver la bonne hauteur de baguette, mais il donne une pression très régulière avec presque rien.

Le choix de la colle est traité en détail dans le guide colle animale ou colle vinylique. La colle animale, plus rapide à gélifier, impose de tout avoir en place ; la colle vinylique laisse plus de marge pour ajuster les coins. Si vous serrez avec des serre-joints classiques plutôt qu'avec des coins, placez des cales au-dessus et au-dessous du joint pour éviter que la table ne plie en toit : les principes de répartition sont dans le guide sur les presses et cales de collage.

Après le collage

Laissez le joint au repos au moins une journée avant de le travailler, quelle que soit la colle. Retirez ensuite les coulures au racloir ou au ciseau, jamais au papier abrasif seul qui encrasse les pores et arrondit les bords.

Contrôlez le résultat :

  • le joint doit être une ligne fine, continue, sans manque de colle visible ;
  • aucune marche ne doit se sentir sous le doigt entre les deux moitiés ;
  • tenue face à la lumière, la table ne doit montrer aucun point clair le long du joint.

Une petite marche se rattrape au rabot ou au racloir lors de la mise d'épaisseur, à condition qu'elle reste faible. Un joint ouvert, lui, ne se rattrape pas en y glissant de la colle : il faut le refendre à la scie fine, redresser et recoller.

Gardez la table collée dans un atelier à l'humidité stable jusqu'au barrage. Une table qui prend ou perd de l'eau entre le collage et le barrage se voile et peut fendre au joint ; le guide pour mesurer l'humidité de l'atelier donne les repères à surveiller.

Le cas du fond en deux pièces

Le fond se dresse et se colle exactement de la même façon. Les bois durs du fond (érable, acajou, noyer) supportent mieux le rabot que l'épicéa, mais les bois ondés ou à contrefil demandent un fer très fin et un angle de coupe adapté pour ne pas éclater.

Une étape s'ajoute après l'amincissement : le renfort de joint. Il s'agit d'une fine bande de bois, souvent de l'épicéa, collée à l'intérieur du fond sur toute la longueur du joint, avec son fil perpendiculaire au joint. Ce fil croisé empêche une fente de courir le long de la ligne de colle. Les barres de fond, collées ensuite, l'entaillent ou s'arrêtent de part et d'autre selon les plans. La suite du travail sur la table, c'est-à-dire le tracé et la pose des barres en X ou en éventail, suppose une table jointe, plane et mise d'épaisseur.

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