Lire une planche : débit sur quartier, fil et maillure
pl. 3, bois
Une planche raconte d'où elle vient dans le tronc et comment elle va bouger. Savoir lire ses cernes, son fil et sa maillure permet de choisir une table qui reste plane et un manche qui reste droit, bien avant le premier coup de rabot.
Écrit par Bastien Coatanéa, mis à jour en 2026
Deux plateaux de la même essence, de la même provenance et du même aspect général peuvent se comporter de façon opposée à l'établi. L'un se rabote proprement, reste plan après la refente et garde sa rigidité une fois mis à épaisseur ; l'autre arrache sous le fer, tuile en quelques jours et casse dans une courbe d'éclisse. La différence se lit sur la planche elle-même, à condition de savoir où regarder : en bout, sur le chant, sur la face, à la lumière rasante.
Ce guide donne les repères pour cette lecture. Il commence par les trois grandes façons de débiter une grume et ce qu'elles impliquent pour la stabilité, puis passe au fil du bois, le défaut le plus coûteux et le plus difficile à voir, avant d'aborder la maillure et les figures décoratives. Pour chaque pièce d'un instrument, il indique enfin le débit à rechercher et les tolérances raisonnables.

Dosse, faux quartier, quartier
La position d'une planche dans le tronc détermine l'angle que font ses cernes avec ses faces. En regardant le bout de la planche, on distingue trois cas, avec les limites couramment admises en menuiserie :
| Débit | Angle des cernes avec la face | Comportement |
|---|---|---|
| Sur dosse | de 0 à 30° environ | tuile, varie beaucoup en largeur |
| Faux quartier | de 30 à 60° environ | intermédiaire, peut se losanger |
| Sur quartier | de 60 à 90° | le plus stable en largeur |
Sur une planche sur dosse, les cernes dessinent en bout des arcs couchés ; sur la face, ils forment des flammes ou des cathédrales. Sur quartier, ils apparaissent en bout comme des traits presque verticaux et sur la face comme des lignes parallèles serrées. Le faux quartier se reconnaît à ses cernes inclinés en bout, et sur la face à des lignes plus espacées et moins nettes.
La raison de cette hiérarchie tient au retrait du bois, à peu près deux fois plus fort parallèlement aux cernes qu'en travers. Une planche sur dosse travaille en largeur dans la direction la plus mobile ; une planche sur quartier, dans la plus calme. Le détail du phénomène est expliqué dans le guide pour sécher et stabiliser le bois.
Lire les cernes en bout et sur le chant
Avant d'acheter un plateau de table ou de fond, regardez toujours son bout et ses deux chants, pas seulement la face.
- En bout, mesurez l'angle des cernes avec un rapporteur ou à l'œil contre une équerre. Pour une table, visez le quartier franc, cernes à moins de 10 à 15° de la perpendiculaire.
- Sur le chant, suivez les cernes sur la longueur. Ils doivent rester parallèles aux arêtes. S'ils montent ou descendent, la planche a été sciée en biais par rapport au tronc.
- Sur la face, observez l'écartement des lignes. Des cernes réguliers d'un bord à l'autre signalent une croissance régulière ; des cernes très serrés d'un côté et larges de l'autre donnent une table de rigidité inégale.
La largeur des cernes ne fait pas tout. Un épicéa à cernes très fins n'est pas automatiquement meilleur qu'un épicéa à cernes moyens et réguliers : la rigidité et la densité, que l'on évalue plus tard en fléchissant et en pesant le plateau, comptent davantage. Le guide sur les épaisseurs de table et le tap tone montre comment les apprécier.
Le fil : droit, tranché, contrefil
Le fil, c'est la direction des fibres. Dans une pièce idéale, il court parallèlement à la longueur, dans le plan de la face comme dans l'épaisseur. Quand il s'en écarte, on parle de fil tranché : les fibres sortent de la surface en biais, sont coupées par le rabot et ne travaillent plus sur toute la longueur. La pièce perd de la rigidité et se fend plus facilement le long de ces fibres coupées.
Le fil peut dévier de deux façons :
- dans le plan de la face : c'est visible, les lignes de cernes filent en diagonale par rapport aux arêtes ;
- à travers l'épaisseur : les fibres plongent d'une face vers l'autre, alors que les cernes paraissent parallèles aux arêtes. C'est le cas piégeux.
Pour repérer un fil qui plonge, plusieurs indices se complètent :
- Fendez un petit éclat sur le bord ou le bout de la planche, avec un ciseau ou un couteau. La fente suit le fil, pas les cernes : si elle sort de la face en biais, le fil plonge.
- Rabotez légèrement dans les deux sens. Une pièce au fil tranché se rabote proprement dans un sens et arrache dans l'autre.
- Inclinez la planche sous une lumière rasante : un fil tranché donne des zones brillantes et mates qui s'inversent quand on retourne la pièce bout pour bout.
Les tables autrefois fendues au coin plutôt que sciées n'avaient, par construction, aucun fil tranché, puisque la fente suit les fibres. Une légère déviation reste acceptable sur un plateau scié ; une déviation forte disqualifie une table ou un manche. Le contrefil, fréquent dans l'acajou et certains bois tropicaux, est autre chose : les fibres alternent de direction d'une couche à l'autre, ce qui donne un rubanage décoratif mais oblige à raboter avec un fer bien affûté et un angle de coupe adapté.
La maillure
Les rayons ligneux sont des lames de cellules qui partent du cœur vers l'écorce. Sur une face débitée sur quartier, la scie les coupe à plat et ils apparaissent comme des reflets, des écailles ou des taches brillantes : c'est la maillure. Elle n'est visible franchement que près du vrai quartier, ce qui en fait un bon indicateur de débit.
Son aspect varie beaucoup selon l'essence :
- sur l'épicéa, de fines écailles nacrées, en travers des lignes de cernes, plus ou moins abondantes ;
- sur l'érable sycomore, de petites taches brillantes, recherchées pour les chevalets de violon ;
- sur le chêne, le platane ou le hêtre, de larges plages très marquées.
La maillure renforce le bois dans le sens radial et participe à la rigidité transversale d'une table. Une table d'épicéa à maillure abondante et régulière est souvent bien débitée ; l'absence totale de maillure sur une table annoncée sur quartier mérite un coup d'œil en bout.
Les figures : ondé, moucheté, ronce
Les figures recherchées pour les fonds et les éclisses viennent d'irrégularités de croissance.
- Ondé : les fibres ondulent régulièrement et la lumière fait apparaître des bandes claires et sombres qui bougent quand on tourne la pièce. C'est la figure classique de l'érable du quatuor, le plus souvent présentée sur quartier.
- Moucheté : de petits yeux dispersés, dus à des bourgeons avortés, surtout dans l'érable.
- Ronce : le dessin tourmenté tiré de la fourche d'un tronc ou de la base d'une branche, très prisé en placage.
- Loupe : une excroissance du tronc aux fibres emmêlées, réservée au placage ou aux petites pièces décoratives.
Toutes ces figures impliquent un fil irrégulier. Elles se rabotent moins bien, se cintrent avec plus de risques et bougent plus que le bois droit. Pour une ronce ou une loupe, la question ne se pose pas : ce ne sont pas des bois de structure.
Les défauts à repérer en même temps
La lecture d'une planche sert aussi à écarter les pièces qui ne feront jamais une bonne table ou un bon manche.
- Bois de compression : dans un résineux qui a poussé penché, le côté comprimé forme des cernes plus larges, plus sombres et plus denses. Ce bois se rétracte anormalement dans le sens du fil et se déforme ; une table qui en contient se repère à ses cernes excentrés en bout.
- Gerces et roulures : fentes en bout ou décollements entre cernes, souvent invisibles sur la face. Regardez les deux extrémités sous une bonne lumière.
- Poches de résine et griffes : petites cavités ou marques en forme de griffes sur l'épicéa. Les griffes sont surtout esthétiques ; les poches de résine affaiblissent la pièce.
- Aubier : la partie claire sous l'écorce, plus tendre et plus sensible aux insectes dans beaucoup de feuillus.
Quel débit pour quelle pièce
| Pièce | Débit recherché | Tolérance |
|---|---|---|
| Table | quartier franc | quelques degrés, fil droit impératif |
| Fond | quartier | faux quartier possible sur bois stable |
| Éclisses | quartier ou dosse | fil droit plus important que le débit |
| Manche | quartier | faux quartier possible, fil droit impératif |
| Touche | quartier de préférence | dosse acceptable sur bois très stable |
Pour les éclisses, la tenue au cintrage dépend surtout de la rectitude du fil. Pour le manche, un faux quartier bien droit de fil vaut mieux qu'un quartier au fil qui plonge. Une fois les pièces choisies, le reste se joue à l'établi : un fer bien réglé dans un outillage de base soigné suffit à mettre à épaisseur sans arracher. Le guide pour choisir ses bois de lutherie complète cette lecture par les qualités propres à chaque essence.
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