Construire un ukulélé comme premier instrument

pl. 31, première construction

Petit, peu tendu et pardonnant, le ukulélé est l'instrument à cordes le plus raisonnable pour un premier chantier. Toutes les étapes d'une guitare y sont, en plus court et en plus léger.

Écrit par Bastien Coatanéa, mis à jour en 2026

Beaucoup d'amateurs commencent par vouloir une guitare, puis reculent devant la taille du chantier : des éclisses de près d'un mètre à cintrer, une table à barrer, un manche à tige de réglage, des dizaines d'heures avant d'entendre une note. Le ukulélé garde toutes ces étapes mais les ramène à une échelle qu'on tient sur un coin d'établi. Quatre cordes de nylon ou de fluorocarbone tirent peu sur la table, le manche est court, les éclisses se cintrent en une soirée, et une erreur coûte une planchette, pas un lot de bois précieux.

Ce guide suit la construction d'un ukulélé soprano ou concert à caisse de bois, du choix de la taille jusqu'à la première mise à l'accord. Il s'adresse à quelqu'un qui sait raboter, scier droit et coller à plat, sans plus. Les dernières sections présentent les variantes que beaucoup d'amateurs ont construites avant de passer à la caisse classique : le ukulélé à caisse de banjo, avec sa peau tendue sur un cerclage, et le ukulélé monté sur une boîte, qu'il s'agisse d'une boîte à cigares ou d'une caisse rectangulaire assemblée à plat.

Caisse de ukulélé dans son moule, éclisses collées au fond barré et talon du manche en place
pl. 31

Choisir la taille et le plan

Le ukulélé existe en quatre tailles courantes. Leur diapason, c'est-à-dire la longueur vibrante entre le sillet et le point d'appui de la corde au chevalet, varie un peu selon les plans ; les valeurs ci-dessous sont des ordres de grandeur.

Taille Diapason usuel Accord courant
Soprano 330 à 350 mm sol do mi la, rentrant
Concert 370 à 380 mm sol do mi la
Ténor 430 mm environ sol do mi la
Baryton 480 à 490 mm ré sol si mi

L'accord « rentrant » place le sol au-dessus du do, à l'aigu : c'est le son clair et sautillant du soprano. Pour un premier instrument, le soprano ou le concert sont les plus simples, avec une préférence pour le concert si vos doigts sont larges, car les cases y sont un peu plus longues. Le ténor demande déjà des éclisses plus hautes et un manche plus long ; il reste accessible, mais il se rapproche d'une petite guitare.

Partez d'un plan à l'échelle 1 qui donne le contour de la caisse, la position de la rosace, le barrage, le profil du manche et la position du chevalet. Si le plan vient d'une photocopie ou d'un fichier imprimé, contrôlez l'échelle avant de tracer quoi que ce soit : la méthode est détaillée dans le guide pour lire et adapter un plan de guitare, et elle vaut pour un ukulélé. Les cotes de caisse de chaque taille, la place du chevalet et la liste des gabarits à tracer sont réunies dans la page plans, gabarits et cotes du ukulélé.

Les bois et les épaisseurs

Un ukulélé consomme peu de bois, ce qui permet de choisir de belles pièces sans gros budget. La tradition hawaïenne utilise le koa pour toute la caisse. En Europe, on trouve plus facilement de l'acajou ou de ses substituts pour la caisse et le manche, de l'épicéa ou du cèdre pour la table, de l'érable, du noyer ou du poirier pour le fond et les éclisses. Une table en épicéa donne un son plus ouvert, une caisse tout acajou un son plus rond et plus mat.

Les épaisseurs finales sont faibles. Les valeurs suivantes sont des fourchettes d'usage, à moduler selon la raideur de la planche que vous avez entre les mains :

  • table : autour de 1,6 à 2 mm, un peu plus épaisse si le bois est souple ;
  • fond : autour de 1,6 à 2 mm ;
  • éclisses : autour de 1,5 à 1,8 mm, plus fines si le bois casse au cintrage ;
  • manche : bloc d'acajou ou d'un bois stable et léger, débité sur quartier si possible.

Ramenez les planches à ces épaisseurs au rabot puis au racloir, en contrôlant au pied à coulisse sur toute la surface. Les tables et les fonds se vendent souvent en deux demi-pièces à joindre ; le joint se dresse et se colle exactement comme pour une table de guitare, en plus court.

Le moule et le cintrage des éclisses

Le moule tient les éclisses au bon contour pendant que vous collez les tasseaux, les contre-éclisses, puis la table et le fond. Pour un ukulélé, un moule extérieur en deux demi-coquilles de contreplaqué ou de médium suffit. Le contour est tracé d'après le plan, découpé à la scie à chantourner, puis plusieurs épaisseurs sont collées et poncées ensemble pour obtenir une hauteur à peu près égale à celle des éclisses. Le guide sur la façon de fabriquer son moule et ses gabarits détaille les deux familles de moules et leurs avantages.

Le cintrage se fait au fer à cintrer : un tube métallique chauffé sur lequel on plaque l'éclisse humidifiée. Le fer doit être assez chaud pour qu'une goutte d'eau y grésille et s'évapore aussitôt. Procédez ainsi :

  1. Tracez sur l'éclisse la position de la taille (le creux), et repérez les deux bouts.
  2. Humidifiez légèrement la zone à cintrer avec une éponge ; le bois ne doit pas ruisseler.
  3. Posez l'éclisse sur le fer, appuyez doucement des deux mains de part et d'autre, et faites aller et venir le bois jusqu'à le sentir céder.
  4. Formez d'abord la taille, qui est la courbe la plus serrée, puis les deux lobes.
  5. Contrôlez souvent contre le contour du moule, et retouchez par petites passes plutôt que de forcer.
  6. Laissez sécher l'éclisse bridée dans le moule une nuit avant de la recouper à longueur.

Une éclisse qui craque au cintrage est presque toujours trop épaisse, trop sèche ou pas assez chauffée. L'érable ondé et les bois à contrefil demandent plus de patience que l'acajou.

Assembler la caisse

Les deux éclisses se rejoignent sur deux tasseaux, l'un au talon (où viendra le manche), l'autre au bas de caisse. Ces tasseaux sont en bois léger et stable, fil vertical, collés à plat contre l'intérieur des éclisses. Collez ensuite les contre-éclisses, de fines baguettes crantées ou pleines qui doublent le bord des éclisses et offrent une surface de collage à la table et au fond.

Le barrage d'un ukulélé est simple : deux barres transversales sur la table, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la rosace, et parfois une ou deux petites barres sous le chevalet ou en éventail. Le fond reçoit trois ou quatre barres transversales. Les barres sont collées sur une forme légèrement bombée, dite solera ou planche creuse, pour donner à la table et au fond une très légère voûte qui les rend plus rigides.

Le choix de la colle compte ici, car les collages de caisse sont nombreux et serrés dans le temps. La colle vinylique laisse plus de temps ; la colle chaude permet de démonter et réparer plus tard. Leurs différences sont comparées dans le guide colle animale ou colle vinylique.

  1. Poncez le chant des éclisses et des contre-éclisses à plat sur une grande cale abrasive, en suivant la voûte du barrage.
  2. Présentez la table, tracez l'emplacement des barres sur les contre-éclisses et creusez-y de petites encoches pour qu'elles s'y logent.
  3. Collez la table, serrée par des pinces ou des élastiques tout autour, avec un poids au centre.
  4. Recommencez pour le fond après avoir signé et daté l'intérieur.
  5. Arasez les débords à la lime et au racloir, puis posez filets ou bordures si le plan en prévoit.
Éclisses de ukulélé pincées dans un moule, fer à plier et vaporisateur d'eau à côté
pl. 31 bis

Le manche, la touche et les frettes

Le manche d'un soprano ou d'un concert n'a pas besoin de tige de réglage : la tension des cordes est trop faible pour le cintrer de façon gênante. Un manche en acajou bien débité suffit, avec une tête collée en enture si le bloc n'est pas assez long. L'assemblage à la caisse peut se faire par un simple tenon collé, par une vis traversant le tasseau, ou par un talon à l'espagnole où les éclisses entrent dans des fentes du manche. Pour un premier instrument, le tenon collé ou la vis sont les plus tolérants.

La touche se taille dans un bois dur et stable. La largeur au sillet se situe souvent entre 34 et 36 mm sur un soprano ; prenez celle de votre plan, en vérifiant que les quatre cordes tombent à égale distance des bords. Le placement des frettes ne se fait jamais au jugé : chaque position découle du diapason par un calcul simple, présenté dans le guide pour calculer le diapason et placer les frettes. Sur un soprano de 330 mm, par exemple, la première frette tombe à 18,52 mm du sillet et la douzième à 165 mm, exactement à mi-diapason.

Les fentes se scient à la largeur du pied de la frette. Les frettes se posent au maillet ou à la presse, se coupent à fleur, puis les bouts se liment en biseau. Sur un instrument aussi court, un léger nivellement à la lime longue suffit le plus souvent.

Chevalet, sillet et mise en cordes

Deux formes de chevalet coexistent. Le chevalet à nouer, comme celui d'une guitare classique, reçoit des cordes passées dans des trous et nouées sur elles-mêmes. Le chevalet à fentes reçoit des cordes terminées par un nœud qui se loge sous une encoche. Dans les deux cas, le chevalet est collé sur la table après avoir gratté le vernis sur son emplacement exact, et le sillet de chevalet est placé un peu en arrière du diapason théorique pour compenser l'allongement de la corde quand on appuie sur une frette. Sur un ukulélé, cette compensation reste de l'ordre d'un à deux millimètres ; vérifiez-la sur votre plan.

Le sillet de tête, en os ou en matière dure, reçoit quatre encoches dont le fond doit être juste assez haut pour que la corde ne frise pas sur la première frette. Les mécaniques sont de deux types : à friction, droites et légères, ou à engrenages. Les premières suffisent si on les serre un peu plus qu'on ne le croit.

La hauteur des cordes à la 12e case se situe souvent entre 2 et 3 mm, un peu moindre sous la corde la plus aiguë, mesurée du sommet de la frette au dessous de la corde. Ce sont des valeurs de départ, que l'on ajuste en ponçant le dessous du sillet de chevalet.

La finition

Un ukulélé se vernit comme une guitare, avec un avantage : les surfaces sont petites. La gomme-laque au tampon convient très bien et ne demande aucun matériel de pulvérisation ; la méthode complète est décrite dans le guide du vernis au tampon à la gomme-laque. Laissez la touche et l'emplacement du chevalet en bois nu, et masquez-les avant de commencer. Travaillez avec des gants et dans une pièce aérée, et étalez à plat les chiffons imbibés pour les faire sécher.

Les variantes : caisse de banjo et caisse de boîte

Le ukulélé à caisse de banjo

Le ukulélé banjo, très répandu dans la première moitié du XXe siècle, remplace la caisse de bois par un tambour : un cercle de bois cintré ou lamellé, une peau tendue par un cercle de serrage et des tirants, et un manche prolongé par une tige qui traverse le cercle. Le son est sec, fort, avec une attaque marquée. Pour un amateur, c'est un projet très différent du ukulélé à caisse, et il présente plusieurs avantages : pas de table à amincir, pas de barrage, pas de cintrage d'éclisses minces.

  • Le cercle se fabrique en lamelles collées sur un moule rond, ou en plusieurs segments collés puis tournés.
  • La peau, naturelle ou synthétique, se tend progressivement et régulièrement, tirant après tirant, en croisant comme on serre une roue.
  • Le chevalet n'est pas collé : il flotte, tenu par la pression des cordes. Sa position se règle en comparant l'harmonique de la 12e case et la note frettée à la même case.
  • Un cordier fixé au bas du cercle reçoit les cordes.

Le ukulélé sur une boîte

La boîte à cigares, ou toute boîte en bois mince, a servi de caisse à quantité d'instruments faits maison. Le couvercle devient la table, la boîte les éclisses et le fond. Le manche est souvent une planche d'une seule pièce qui traverse la boîte de part en part et reçoit les cordes à l'arrière, ce qui évite de fixer un chevalet à cordes sur un couvercle trop mince. Une boîte rectangulaire assemblée à plat, en contreplaqué fin de qualité ou en planchettes, donne le même résultat sans couvercle à charnière.

Quelques points méritent attention : vérifiez que le couvercle n'est pas en carton plaqué, renforcez-le par une barre transversale sous le chevalet, et percez des ouïes plutôt qu'une grande rosace qui affaiblit une table déjà fragile. Le calcul des frettes et la compensation restent les mêmes que sur un ukulélé à caisse.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour un premier ukulélé ?

Cela dépend surtout du temps de séchage entre les collages et de la finition. Comptez plusieurs semaines de soirées et de week-ends, dont une bonne part passe à attendre que la colle ou le vernis durcisse. Un ukulélé sur une boîte se termine beaucoup plus vite.

Un kit est-il une bonne façon de commencer ?

Un kit donne des pièces déjà débitées, parfois déjà cintrées, et supprime les étapes les plus longues. Il apprend l'assemblage et la finition, moins le travail du bois. Les deux approches sont comparées dans le guide sur la première guitare en kit ou à partir du bois brut, et le raisonnement vaut pour le ukulélé.

Faut-il une tige de réglage dans le manche ?

Sur un soprano et un concert, non : la tension est trop faible. Sur un ténor ou un baryton à long manche, certains plans en prévoient une, ou une baguette de renfort en bois dur ou en carbone collée dans le manche.

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