Bobiner un micro simple bobinage

pl. 33, première construction

Un micro simple bobinage n'est qu'une bobine de fil de cuivre très fin enroulée autour de six aimants. Avec une bobineuse à manivelle et un peu de méthode, il se fabrique à l'établi, sans aucune alimentation.

Écrit par Bastien Coatanéa, mis à jour en 2026

Le micro est la seule pièce d'une guitare électrique que l'on croit réservée aux spécialistes, alors qu'il se construit avec moins d'outillage qu'un manche. Une carcasse de deux plaques percées, six aimants en barreau, quelques kilomètres de fil de cuivre émaillé plus fin qu'un cheveu, et un dispositif qui fait tourner la carcasse en comptant les tours : c'est tout. La difficulté tient dans la régularité du geste et dans le soin porté au fil, qui casse au moindre à-coup et dont l'émail se blesse sur une arête.

Ce guide explique comment fonctionne un micro passif, comment préparer la carcasse, construire une bobineuse à manivelle, bobiner, contrôler la bobine, la paraffiner et la monter. Il ne traite que du micro passif : il ne demande aucune alimentation, et rien ici ne touche au courant du secteur. Les chiffres donnés sont des fourchettes d'usage pour un simple bobinage à six plots du type des guitares à corps plein des années 1950 ; ils servent de point de départ, pas de recette.

Micro simple bobinage aux six plots, bobine de fil de cuivre émaillé et petit boîtier de mesure
pl. 33

Ce qui se passe dans un micro passif

Chaque aimant aimante légèrement la portion de corde d'acier qui passe au-dessus de lui. Quand la corde vibre, elle déforme ce champ magnétique, et cette variation fait naître dans la bobine une petite tension électrique alternative, à la fréquence de la corde. Plus il y a de spires, plus cette tension est forte, mais plus la bobine accumule aussi de résistance et de capacité entre ses spires, ce qui arrondit les aigus.

Trois choix font donc le caractère d'un simple bobinage :

  • l'aimant : nature de l'alliage et force de l'aimantation ;
  • le fil : diamètre et épaisseur de l'isolant, qui règlent l'écart entre les spires ;
  • la bobine : nombre de spires, forme et régularité du bobinage.

La résistance mesurée à l'ohmmètre, que tout le monde cite, n'est qu'une conséquence de ces choix. Deux micros de même résistance bobinés avec des fils différents ne sonnent pas pareil.

Les pièces et les matériaux

La carcasse

La carcasse se compose de deux plaques de fibre vulcanisée, d'environ 1,5 mm d'épaisseur, percées de six trous au diamètre des aimants. La plaque du bas porte en plus deux trous de fixation et deux œillets pour souder les fils de sortie. L'écartement des plots doit correspondre à l'écartement des cordes au chevalet de votre instrument ; relevez-le avant de percer. Pour percer six trous parfaitement alignés à chaque fois, un gabarit de perçage en métal ou en contreplaqué dur vaut le temps qu'il prend : la logique est la même que pour fabriquer ses gabarits de lutherie.

Les aimants

Les plots sont des barreaux d'alnico, un alliage d'aluminium, de nickel et de cobalt. Les nuances les plus courantes pour les micros sont l'alnico 2, 3 et 5, la nuance 5 étant la plus puissante des trois. Le diamètre usuel tourne autour de 5 mm ; la longueur dépend de la hauteur de bobine voulue. Les plots peuvent être tous à la même hauteur, ou décalés pour équilibrer le volume des cordes ; sur les modèles anciens, prévus pour une corde de sol filée, le plot de sol est souvent le plus haut.

Le fil

Le fil est du cuivre émaillé de calibre 42 ou 43 dans le système américain :

Calibre Diamètre du cuivre nu Résistance approchée
42 0,063 mm 5,5 ohms par mètre
43 0,056 mm 6,9 ohms par mètre

L'isolant change le résultat. L'émail simple, le plus mince, donne une bobine plus compacte ; un isolant plus épais écarte les spires, baisse la capacité et éclaircit le son. Le polyuréthane a l'avantage de se dénuder à la chaleur du fer à souder, sans grattage. Gardez la bobine de fil sur un axe qui tourne librement, pour qu'il se dévide sans à-coup.

Construire une bobineuse à manivelle

La bobineuse fait tourner la carcasse sur son axe pendant que vos doigts guident le fil. Un moteur va plus vite, mais une version à manivelle suffit pour quelques micros et ne demande rien d'autre que de la mécanique.

  1. Prenez une chignole à main, ou tout mécanisme de manivelle à engrenage, et bridez-la à l'horizontale dans un étau ou sur une planche.
  2. Fixez dans le mandrin une tige filetée qui porte un plateau en bois dur. Ce plateau reçoit la carcasse, centrée et serrée par deux vis dans ses trous de fixation, avec une contre-plaque par-dessus.
  3. Mesurez le rapport de la transmission : faites une marque sur le plateau, tournez la manivelle d'un tour exact, et comptez les tours du plateau. Un rapport de 1 pour 4, par exemple, veut dire que 2 000 tours de manivelle donnent 8 000 spires.
  4. Ajoutez un compteur. Un compteur mécanique entraîné par l'axe convient, de même qu'un compteur de vélo à pile dont l'aimant est collé sur le plateau et le capteur placé en face.
  5. Placez la bobine de fil à un mètre environ en retrait, sur un axe libre, et faites passer le fil dans un œillet lisse ou entre deux feutres qui le freinent légèrement.

Une bobineuse de ce genre se construit sur une simple planche : la manivelle entraîne une grande poulie, une courroie la relie à une poulie plus petite montée sur l'axe de la carcasse, et le compte-tours se fixe à côté de l'axe. Le rapport entre les deux diamètres de poulie donne le nombre de spires par tour de manivelle.

Bobineuse de micros faite maison sur une planche de contreplaqué : manivelle, deux poulies reliées par une courroie, carcasse de micro sur son axe et compte-tours à cadran
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La tension du fil se règle surtout entre le pouce et l'index, avec un morceau de tissu doux ou de cuir pour ne pas entamer l'émail. Le mouvement de va-et-vient entre les deux plaques se fait à la main, et c'est lui qui donne son caractère à la bobine.

Bobineuse à manivelle sur une planche, le fil de cuivre fin guidé à la main de la bobine vers le micro
pl. 33 bis

Préparer la carcasse

  1. Enfoncez les six aimants dans la plaque du haut, à la presse ou dans l'étau entre deux cales, en contrôlant le décalage des hauteurs s'il y en a un.
  2. Enfoncez la plaque du bas jusqu'à la hauteur de bobine voulue, en gardant les deux plaques parallèles.
  3. Repérez la face nord et la face sud des aimants avant d'aller plus loin (voir plus bas), et marquez-la au feutre.
  4. Passez une ou deux couches de vernis fin sur le noyau de plots entre les plaques, ou entourez-le d'une seule épaisseur de ruban adhésif fin : le fil ne doit jamais frotter sur une arête vive de l'aimant.
  5. Ébavurez le bord intérieur des trous et les angles des plaques au papier fin.

Bobiner

Le début de bobine se fixe sur l'œillet de départ : enroulez quelques tours de fil autour de l'œillet, sans le souder encore, puis amenez-le vers le noyau en lui laissant un peu de mou. Commencez à tourner doucement les premières centaines de tours, le temps que le fil se cale.

Gros plan d'une carcasse de simple bobinage à six plots qui tourne sur l'axe de la bobineuse, fil guidé entre deux doigts, compte-tours et son aimant à côté de l'axe
pl. 33 quater

Ensuite, deux façons de répartir le fil :

  • le bobinage rangé, où le va-et-vient est régulier et les spires se posent presque côte à côte ;
  • le bobinage en vrac, où le va-et-vient varie de vitesse et d'amplitude, ce qui croise les spires et éloigne les couches les unes des autres.

Le second, celui des micros anciens bobinés à la main, baisse la capacité de la bobine et donne souvent des aigus plus présents. Évitez seulement deux défauts : une bobine plus grosse au centre qu'aux bords, qui peut finir par toucher le capot, et des spires empilées contre une plaque, qui risquent de glisser par-dessus.

Pour un simple bobinage de ce type, voici des ordres de grandeur avec du fil de calibre 42 à émail simple :

Bobinage Spires Résistance obtenue
Doux, clair 7 000 à 7 600 autour de 5 à 5,8 kilohms
Classique 7 600 à 8 200 autour de 5,8 à 6,4 kilohms
Chargé 8 500 à 9 500 6,5 kilohms et au-delà

La résistance réelle dépend de la longueur moyenne d'une spire, donc de la taille du noyau et de la façon de répartir le fil : notez vos spires et vos mesures, c'est votre seule référence sérieuse pour le micro suivant. Si le fil casse en cours de route, il est possible de faire une épissure : dénudez les deux bouts sur quelques millimètres, torsadez-les, soudez, isolez d'un petit morceau de ruban et reprenez. Une épissure bien faite ne s'entend pas.

En fin de bobinage, ramenez le fil vers l'œillet de sortie, enroulez-le, puis soudez les deux œillets en y fixant les fils de sortie plus gros, souples ou rigides selon votre câblage. Protégez la bobine d'une bande de ruban adhésif ou de fil coton.

Contrôler, aimanter, paraffiner

Mesurer la bobine

Réglez un multimètre à pile en position ohmmètre et mesurez entre les deux fils de sortie. Une valeur proche de vos prévisions dit que la bobine est continue. Une valeur infinie signale une rupture ; une valeur très basse, un court-circuit entre spires, souvent dû à un émail blessé sur une arête. Reprenez la mesure après le paraffinage.

Aimanter et repérer la polarité

Les barreaux d'alnico se livrent souvent non aimantés. On les aimante en passant chaque plot, ou la face de la carcasse, au contact d'un aimant puissant au néodyme, toujours par la même face et dans le même sens. Pour repérer la polarité, approchez une boussole : la pointe qui indique le nord est attirée par le pôle sud de l'aimant. Notez la polarité du dessus des plots sur la plaque du bas.

Sur un instrument à trois micros, le micro du milieu est souvent bobiné dans le sens inverse avec des aimants de polarité inverse. Combiné à un voisin, il forme alors un ensemble qui réduit le ronflement capté par les bobines. Il suffit de le décider avant de bobiner et de le marquer.

Paraffiner

Une bobine non imprégnée peut vibrer sous l'effet du son ambiant et rendre le micro sensible au larsen. On la plonge donc dans un mélange fondu de paraffine et d'un peu de cire d'abeille, qui fige les spires.

  1. Faites fondre le mélange au bain-marie, jamais sur une flamme nue ni à feu direct : la cire est inflammable.
  2. Gardez-la juste fondue, autour de 65 °C, contrôlée au thermomètre ; au-delà de 70 °C environ, la fibre et le fil souffrent.
  3. Plongez la bobine suspendue par ses fils de sortie, et laissez-la jusqu'à ce que les bulles cessent de remonter, souvent un quart d'heure.
  4. Sortez-la, laissez égoutter, essuyez l'excédent tant qu'il est tiède.
  5. Aérez la pièce et gardez à proximité un couvercle pour étouffer la casserole en cas de problème.

Monter le micro

Le micro se monte sous un pickguard ou directement dans le corps, avec des vis et des ressorts qui permettent d'en régler la hauteur. Le câblage reste entièrement passif : un potentiomètre de volume, éventuellement un de tonalité avec son condensateur, un sélecteur et le jack de sortie. Les cavités et le passage des fils sont traités dans le guide pour construire une guitare électrique solid body.

Réglez la hauteur en dernier : trop près des cordes, l'aimant les attire et fausse la justesse dans les aigus du manche ; trop loin, le son perd du corps. Le réglage se fait cordes accordées et action réglée, ce qui est le sujet du guide régler une guitare pas à pas.

Questions fréquentes

Combien de temps prend une bobine à la manivelle ?

Avec un rapport de 1 pour 4 et un rythme régulier, une bobine de 8 000 spires demande environ 2 000 tours de manivelle. Selon votre allure, cela représente de vingt minutes à une heure, sans compter la préparation. Faites des pauses en bloquant la manivelle pour ne pas laisser le fil se détendre.

Peut-on mettre ce micro sur une guitare acoustique ?

Un micro magnétique ne capte que des cordes d'acier. Il fonctionne donc sur une guitare folk montée en cordes métalliques, posé dans la rosace, mais pas avec des cordes de nylon. Sur un instrument fait maison, c'est une façon simple d'électrifier une première guitare en kit ou de zéro sans toucher à la table.

Faut-il un capot ?

Le capot protège la bobine des coups et de la sueur. En plastique, il ne change pas le son ; en métal, il forme un blindage mais peut atténuer les aigus. Sur un premier micro, une bande de ruban et un capot en plastique suffisent.

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